Nicolas Sarkozy vu par Jacques Alain Miller (dans Le Point)
Non. Mais cela demande l’intervention d’un tiers. Quand le ça empiète sur le moi, il y a déficit de surmoi. Dès lors, il faut que le surmoi soit incarné par quelqu’un d’extérieur. Par hypothèse, Cécilia était le surmoi auxiliaire dont il avait besoin. Elle savait lui dire non, elle mettait des limites. Vous remarquerez que c’est lorsqu’elle est partie que tout s’est déréglé.
Carla peut-elle prendre la relève ?
Elle est depuis longtemps en analyse, elle a confié tout ce qu’elle devait à la psychanalyse. On peut supposer qu’elle, elle sait jouer des masques, d’autant que c’est une artiste. Mais il ne semble pas que, pour l’instant, elle ait sur son mari l’autorité morale qu’il reconnaissait à Cécilia. Le président aura sans doute beaucoup de mal à se tempérer sans faire au moins quelques séances de psychanalyse.
La nécessité de se crédibiliser au lendemain des élections peut-elle suffire à déclencher cette démarche ?
C’est l’orgueil qui le retient sans doute de demander l’aide d’un spécialiste, comme Giscard jadis. La défaite des municipales a-t-elle été assez humiliante pour lui permettre de surmonter cet obstacle ? Je crains que non. Marseille n’est pas tombée…
Peut-on passer, parce qu’on l’a décidé, du brillant à la sobriété ? Et quel type d’effets secondaires cela peut-il provoquer ?
Oui, certainement, et il a déjà commencé. On perçoit bien qu’il se travaille, qu’il se tortille, pour s’égaler à la fonction présidentielle. Cela témoigne de sa volonté. Mais c’est sans doute au prix de beaucoup de souffrance.
Un tel changement de personnalité est-il durable ?
Actuellement, il force sa nature, il vit sans doute dans une tension psychique constante, et il est à la merci d’un accident, d’un soudain passage à l’acte. La seule façon d’obtenir une transformation durable, ce serait de réarticuler les fonctions psychiques qui sont chez lui déplacées. Je doute que cela soit possible sans analyse. D’une façon générale, les hommes politiques devraient songer à passer sur le divan. C’est une question de salubrité publique.
Propos recueillis par Olivia Recasens






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